
Caroline Feyt
LES MIROIRS DU TEMPS
Des Arbres, des oliviers centenaires aux troncs noueux, enracinés dans cette terre du Sud, et flottant dans l’éphémère d’un tapis de fleurs dans leur éclosion colorée. Le vertical et l’horizontal, la terre et le ciel, l’immémorial et l’éphémère, le proche et le lointain, tels sont les éléments, voire l’élémentaire, du faire-paysage de Caroline Feyt. Car à saisir le moment saisonnier, on pénètre dans cette « intimité cosmique » dont parle Paul Klee, où la pesanteur semble s’envoler vers l’aérien et le très léger de toutes les transparences. Comme si le paysage sans l’homme était un portrait ou un miroir du cosmos, où l’horizon se perd dans l’éclat du vert végétal ou le suspens orange des vagues florales d’u... lire la suite
LES MIROIRS DU TEMPS
Des Arbres, des oliviers centenaires aux troncs noueux, enracinés dans cette terre du Sud, et flottant dans l’éphémère d’un tapis de fleurs dans leur éclosion colorée. Le vertical et l’horizontal, la terre et le ciel, l’immémorial et l’éphémère, le proche et le lointain, tels sont les éléments, voire l’élémentaire, du faire-paysage de Caroline Feyt. Car à saisir le moment saisonnier, on pénètre dans cette « intimité cosmique » dont parle Paul Klee, où la pesanteur semble s’envoler vers l’aérien et le très léger de toutes les transparences. Comme si le paysage sans l’homme était un portrait ou un miroir du cosmos, où l’horizon se perd dans l’éclat du vert végétal ou le suspens orange des vagues florales d’un devenir-fleur généralisé.
Seul et centré, immense et surdimensionné en premier plan, démultiplié dans un champ d’oliviers bleuté, l’arbre nous reconduit à une généalogie de l’immémorial. Symbole de vie dans toutes les cultures, arbres des jardins de paradis ou des enluminures, arbre au trait noir de Matisse ou arbres de cristal de Penone, l’arbre nous renvoie à une verticalité toute terrestre qui s’épanouit vers le haut. Ici, les photographies mettent entre parenthèses toute perspective, au profit de ce que l’esthétique chinoise appelle l’exploration des lointains. Trouver « la juste distance » des choses et des plans, celle où se combine un double processus : proche-lointain et lointain-infini. Dans l’éphémère floral à hauteur de regard , l’infini est un plan fluide et panoramique de surface et de lumière. « La fleur voit » comme le disait Odilon Redon.
Car si tout arbre est signe de permanence, le floral depuis les Vanités du XVIIième est l’indice de la fragilité du beau et de la vie. Avec ces « petits riens » qu’affectionnait Manet, on peut tout dire, la vie comme la mort, et l’histoire florale de la peinture est infinie (1). Fleurs de cristal de Manet, fleurs aquatiques de Monet, fleurs décoratives de Gauguin et Matisse, ou fleurs abtracts d’O ‘Keefe et Warhol, les fleurs sont un motifs essentiels de l’art. L’éphémère y capte du temps dans le flux imperceptible et les intervalles des choses. Il est même un art du temps, de ses intensités et de ses modulations. Floues ou très nettes, toujours en tapis, les mille fleurs des paysages de Caroline Feyt ressemblent à des vagues aériennes, qui m’évoquent ses photographies de Vagues. Elles rythment tout les paysage à l’horizontal, et l’enveloppent de leur transparence disséminée et colorée.
Mais il est aussi d’autres fleurs, plus isolées et plus résistantes, celle des ces talus de pierre concassées, de détritus, et de tous les monticules qui barrent la vision, et créent même une vision négative. Ici, on est proche des paysages anthropiques d’un Robert Smithson. Car le lointain n’est jamais que celui d’une modernité sauvage, urbaine et industrielle, une « désarchitectures, et le proche surdimensionné est l’envers du paysage-cosmos. Ici, pas d’immémorial végétal, mais ce temps paradoxal, celui des ruines du futur. Un temps tellurien, une géologie mise à nu dans ses strates et sa puissance de destruction toute humaine.
Entre l’éphémère mélancolique des paysages d’abandon, où les gris, les noirs et les blancs contrastent avec le bleu du ciel, et l’éphémère plus affirmatif des paysages cosmiques, toutes les photographies de Caroline Feyt sont comme des miroirs du temps. Celui d’une cosmogenèse positive, déjà présente dans Feux, Vols, Vagues, et de son envers, ce que l’homme fait de la nature. Il y a là une écologie du regard, où des maisons inachevées et solitaires deviennent les squelettes de notre modernité. Mais positive ou négative, la vision n’existe que par un travail de vide et de transparence, comme cette nuée florale blanche très floue, ou ces verts bleutés de terre, ciel et arbres, qui unifient certains paysages. Sans doute parce que l’art de Caroline Feyt est bien celui d’une « esthétique de l’éphémère », où l’on saisit le passage du temps et une puissance de vie toujours fragile, prise dans les sensations d’univers propre au cycle panthéiste de la nature. Au fond, la photographie retrouve là l’immanence d’un monde, qui nous mesure et nous démesure. Un miroir de vérité.
Christine Buci-Glucksmann,2003
Photographie réalisée par les étudiants de l'Ecole nationale supérieure Louis-Lumiere
Ses oeuvres
L'interview
OU PUISEZ VOUS L’INSPIRATION ?
Inspiration ? je trouve ce mot un peu trop romantique, les artistes « inspirés » ne m’intéressent pas beaucoup. C’est comme les poètes qui écrivent de la poésie poétique, ou les artistes qui font des oeuvres d’art artistiques, tout ça m’ennuie. Je préfère les débordements, être surprise par des expositions, des lectures, des événements de la vie quotidienne auxquels je ne m’attendais pas et qui m’interpellent, me touchent.
En fait, quand mon travail n’avance pas, c’est souvent parce que je suis submergée par des idées qui m’encombrent et qui n’ont rien de nécessaire. L’idéal serait de ne plus chercher à photographier, de laisser les images elles même surgir, sauter aux yeux, répondant ainsi à une nécessité intérieure.
C’est à ce moment là que je photographie avec le plus de justesse et d’intensité.
QU’EST CE QUI VOUS PLAIT LE PLUS DANS VOTRE TRAVAIL ?
Mon activité se divise en deux périodes : l’avant et l’après numérique.
Pour ce qui est de l’argentique, j’aimais voir grâce à la mécanique de l’appareil photographique, des formes, des forces exprimant des tensions entre elles, j’en travaillais la matière comme une pâte lumineuse grâce aux tirages dans l’obscurité du labo. Je décomposais le mouvement, sculptais les lumières afin de voir tout ça de près, lentement, d’être plongée, dedans.
J’aimais être surprise par quelque chose que je n’avais pas forcément vu, ni même imaginé, j’aimais photographier dangereusement, d’une façon très inconfortable, je n’étais jamais à l’abri dans l’atelier mais toujours dehors exposée à la force des éléments. Je ne concevais ... lire la suite
OU PUISEZ VOUS L’INSPIRATION ?
Inspiration ? je trouve ce mot un peu trop romantique, les artistes « inspirés » ne m’intéressent pas beaucoup. C’est comme les poètes qui écrivent de la poésie poétique, ou les artistes qui font des oeuvres d’art artistiques, tout ça m’ennuie. Je préfère les débordements, être surprise par des expositions, des lectures, des événements de la vie quotidienne auxquels je ne m’attendais pas et qui m’interpellent, me touchent.
En fait, quand mon travail n’avance pas, c’est souvent parce que je suis submergée par des idées qui m’encombrent et qui n’ont rien de nécessaire. L’idéal serait de ne plus chercher à photographier, de laisser les images elles même surgir, sauter aux yeux, répondant ainsi à une nécessité intérieure.
C’est à ce moment là que je photographie avec le plus de justesse et d’intensité.
QU’EST CE QUI VOUS PLAIT LE PLUS DANS VOTRE TRAVAIL ?
Mon activité se divise en deux périodes : l’avant et l’après numérique.
Pour ce qui est de l’argentique, j’aimais voir grâce à la mécanique de l’appareil photographique, des formes, des forces exprimant des tensions entre elles, j’en travaillais la matière comme une pâte lumineuse grâce aux tirages dans l’obscurité du labo. Je décomposais le mouvement, sculptais les lumières afin de voir tout ça de près, lentement, d’être plongée, dedans.
J’aimais être surprise par quelque chose que je n’avais pas forcément vu, ni même imaginé, j’aimais photographier dangereusement, d’une façon très inconfortable, je n’étais jamais à l’abri dans l’atelier mais toujours dehors exposée à la force des éléments. Je ne concevais pas de travailler autrement.
Je ne cherchais pas à être intelligente, ni même juste, je faisais un travail très physique et autobiographique à travers le paysage et le corps.
La photographie aujourd’hui numérique ne me « plaît » pas, mais elle m’a permis de passer à une autre photographie, sans doute plus liée à un contexte social et politique. Il me semble à présent donner d’avantage d’importance à l’histoire, au sujet photographié en tant que tel qu’à la forme, même si celle-ci est importante, elle n’est plus primordiale, elle est au service d’un sujet. Ce qui me conduit d’avantage vers l’écrit, vers la littérature, je ne sais pas si c’est mieux, mais pour le moment j’en suis là.
AVEZ-VOUS DES REGRETS ?
Non aucun, compte tenu de ce que j’ai été, de ce que j’ai vécu, je n’aurais pas pu faire autrement que ce que j’ai fait. Mais je pense souvent à Rimbaud : « Je est un autre »
Y A T IL DES MESSAGES QUE VOUS AIMERIEZ FAIRE PASSER A TRAVERS VOS
ŒUVRES ?
Non, je n’ai pas de message explicite à faire passer, pourtant j’aimerais bien que le monde change, et souhaiterais que les images servent à quelques choses, mais depuis le temps ! ça se saurait... et je ne crois malheureusement pas que ce soit avec des photographies à messages qu’on y arrivera.
Mon coté chevaleresque me conduit à croire d’avantage en la force de l’amour, de la poésie, de la justesse des images énigmatiques qui nous font réfléchir, qui sollicitent en nous une prise de conscience, qui produisent de la pensée, qui nous touchent afin d’éloigner le plus possible la vulgarité, l’injustice et la bêtise.
QUELLES SONT POUR VOUS LES QUALITES NECESSAIRES POUR ETRE UN BON
PHOTOGRAPHE ?
Mais je crois que c’est un défaut d’être « un bon photographe ». Un bon photographe est celui qui aura bien appris sa leçon de lumière, de cadrage, de mise au point...il fera une photographie très classique et à mon avis ennuyeuse.
Il me semble plus intéressant d’être photographe sans se soucier d’être bon, d’oser prendre des risques esthétiques, de savoir se révolter contre des normes imposées extérieures à soi. Pour cela il est nécessaire d’avoir une bonne connaissance de l’histoire de l’art pour ne pas être dans l’illusion solitaire et stérile d’être seulement un bon photographe. Il faudrait s’intéresser d’avantage à l’art, la littérature, la poésie, la musique...
PENSEZ VOUS A UNE NOUVELLE SERIE ? UN NOUVEAU THEME ?
Non, je ne pense ni à un thème ni à une série, mais je cherche une autre méthode, une autre façon de faire des images et je m’interroge d’avantage sur mon attitude.
Expositions
Expositions personnelles
2004 : Galerie Baudoin Lebon, Paris
2003 : Artothèque d’Annecy
Photofolies, Galerie Foch, Rodez
2002 : Rencontres photographiques D’Arles, Cloître St Trophime
Artothèque de Nantes
2001 : Galerie du Château d’eau, Toulouse
L’imagerie de Lannion, Bretagne
1998 : Galerie Pierre Brullé, Paris
Galerie Pennings, Eindhoven, Pays-Bas
1997 : Galerie du Jour, agnès b., Paris
1996 : Silver Eye center, Pittsburg, USA
1995 : Espace Parallèle, Bruxelles, Belgique
Galerie Pennings, Eindhoven, Pays-Bas
1993 : Centre Photographique d’île de France, Pontault-Combault, France
1990 : Bibliothèque Nationale, Paris
Expositions collectives
2007 : Château de Fougères-sur Bièvre
« Arbre(s), des regards photographiques »
2006 : Musée de l’Homme, « Naissances »
2004 : Musée Malraux, « Vagues II Hommages et digressions » le Havre
Musée d’Evreux « Portraits d"Arbres » Evreux
Bibliothèque Nationale, « Portraits-Visages », Paris
2003 : Centre Culturel de la Banque du Brésil,
« Mouvements improbables » Rio de Janeiro, Brésil
2002 : Le mois de la photographie, centre Izis, Paris
16ème Editions des rencontres de l’Image, Braga, Portugal
2001 : Galerie ArtProcess « Cosa Mentale, Paysage(s) », Paris
Journées Photographiques de Bienne, suisse
2000 : Musée de Kawazaki, « L’éloge de l’ombre », Tokyo1999 : Rencontres photographiques d’Arles, « Le corps du visible », Arles
Bibliothèque Nationale, « Petits poèmes photographiques », Paris
1998 : Le Parvis, Tarbes, France
Kunst Forum d’Art, Château de Vaudrémont, France
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Expositions personnelles
2004 : Galerie Baudoin Lebon, Paris
2003 : Artothèque d’Annecy
Photofolies, Galerie Foch, Rodez
2002 : Rencontres photographiques D’Arles, Cloître St Trophime
Artothèque de Nantes
2001 : Galerie du Château d’eau, Toulouse
L’imagerie de Lannion, Bretagne
1998 : Galerie Pierre Brullé, Paris
Galerie Pennings, Eindhoven, Pays-Bas
1997 : Galerie du Jour, agnès b., Paris
1996 : Silver Eye center, Pittsburg, USA
1995 : Espace Parallèle, Bruxelles, Belgique
Galerie Pennings, Eindhoven, Pays-Bas
1993 : Centre Photographique d’île de France, Pontault-Combault, France
1990 : Bibliothèque Nationale, Paris
Expositions collectives
2007 : Château de Fougères-sur Bièvre
« Arbre(s), des regards photographiques »
2006 : Musée de l’Homme, « Naissances »
2004 : Musée Malraux, « Vagues II Hommages et digressions » le Havre
Musée d’Evreux « Portraits d"Arbres » Evreux
Bibliothèque Nationale, « Portraits-Visages », Paris
2003 : Centre Culturel de la Banque du Brésil,
« Mouvements improbables » Rio de Janeiro, Brésil
2002 : Le mois de la photographie, centre Izis, Paris
16ème Editions des rencontres de l’Image, Braga, Portugal
2001 : Galerie ArtProcess « Cosa Mentale, Paysage(s) », Paris
Journées Photographiques de Bienne, suisse
2000 : Musée de Kawazaki, « L’éloge de l’ombre », Tokyo1999 : Rencontres photographiques d’Arles, « Le corps du visible », Arles
Bibliothèque Nationale, « Petits poèmes photographiques », Paris
1998 : Le Parvis, Tarbes, France
Kunst Forum d’Art, Château de Vaudrémont, France
1997 : Musée des Arts Décoratifs, « Retour d "Italie » Paris
1996 : Galerie Pierre Brullé, Paris
Aperture Galery, New York
Southeast Museum of Photography, Floride, USA
Fotofest, « Discoveries of Meeting Place », Houston, USA
1994 : Le mois de la photo, Bibliothèque Nationale, Paris
La Photographie Européenne, Séoul
Mai de la Photographie, Reims, France
Institut Français,(Mois de la photo), Thessalonique,Grèce
1993 : Rencontres photographiques d’Arles, France
1992 : European Photography Award, Berlin, Allemagne
1991 : Photo-Vision, Montpellier, France
Festival de l’Image, Le mans, France
1989 : Musée de la Photographie, Charleroi, Belgique





